Citations

Définition du monde en fonction de l’expérience des hommes

La physiologie des hommes définit la plupart des sports, leurs besoins définissent la couverture de l’assurance auto et de l’assurance santé, leurs biographies socialement construites définissent les attentes du monde du travail et les profils de carrières prospères, leurs points de vue et leurs préoccupations définissent la qualité dans le système de bourses d’étude, leurs expériences et obsessions définissent le mérite, leur objectivation de la vie définit l’art, leur service militaire définit la citoyenneté, leur présence définit la famille, leur incapacité à s’entendre les uns avec les autres -leurs guerres et leurs règnes – définit l’histoire, leur image définit Dieu, et leurs organes génitaux définissent la sexualité.

Men’s physiology defines most sports, their needs define auto and health insurance coverage, their socially designed biographies define workplace expectations and successful career patterns, their perspectives and concerns define quality In scholarship, their experiences and obsessions define merit, their objectification of life defines art, their military service defines citizenship, their presence defines family, their inability to get along with each other—their wars and rulerships—defines history, their image defines god, and their genitals define sex.

Catharine MacKinnon, Difference and Dominance: On Sex Discrimination,1984

Texte entier

Le contrat sexuel

Qu’est ce qui ne va pas dans la prostitution ?

« On entend également couramment, en particulier par la voix de la droite religieuse, mais aussi de la gauche, que le problème dans la prostitution  est que les femmes engagées dans ce métier sont exploitées et humiliées, comme de nombreux autres travailleurs au sein du capitalisme. Une nouvelle fois, la question de la subordination n’est pas prise en compte. Dans les argumentations qui traitent de la contrainte économique, la comparaison est souvent retournée : plutôt que d’assimiler les prostituées à des travailleuses exploitées, on décrit les travailleurs comme étant dans la même position que les prostituées.  Les critiques marxistes de la prostitution s’inspirent de l’affirmation de Marx selon laquelle la prostitution est l’incarnation de l’avilissement du citoyen moderne en tant que producteur. Dès lors, le contrat de prostitution n’apparaît plus comme un exemple particulier de contrat de travail : c’est le  contrat de travail qui devient  un contrat de prostitution. La figure de la prostituée peut dès lors symboliser tout ce qui ne va pas dans le travail salarié. […] Le fait que la prostituée apparaisse comme un symbole si évident de l’avilissement du travail salarié fait naître le soupçon que ce qu’elle vend n’est pas tout à fait équivalent à la force de travail cédée par les autres travailleurs.

[…]

La force de travail (labour power) est une fiction politique.  Le capitaliste ne conclut pas un contrat pour utiliser les services ou la force de travail du prolétaire, cela est impossible. Le contrat de travail confère à l’employeur le droit de régir l’usage du travail (labour) du travailleur, c’est-à-dire la personne et le corps du travailleur pendant la période définie par le contrat de travail. De la même manière, les services de la prostituée ne peuvent pas être assurés à moins qu’elle ne soit présente ; la propriété de sa propre personne, à la différence des propriétés matérielles, ne peut être séparée de son propriétaire. Le client, le « micheton », l’homme qui contracte pour user des services de la prostituée, acquiert, comme l’employeur, autorité sur l’usage de sa personne et de son corps pendant la durée du contrat de prostitution, mais c’est là que la comparaison entre  l’esclave salarié et la prostituée, entre le contrat de travail et le contrat de prostitution, ne tient plus.

Le capitaliste n’a pas d’intérêt intrinsèque pour le corps et la personne du travailleur ou, du moins, il n’a pas pour eux le même type d’intérêt que l’homme qui conclut un contrat de prostitution. L’employeur est essentiellement intéressé par les marchandises produites par le travailleur, c’est-à-dire par le profit. […] l’employeur peut aussi remplacer – c’est monnaie courante – remplacer les travailleurs par des machines, et, depuis les années 1980, par des robots et autres machines informatisées. Les employeurs préfèrent même des machines aux travailleurs parce qu’elles sont comme des esclaves absolument fidèles. […]

A la différence des employeurs, les hommes qui concluent un contrat de prostitution  ne sont intéressés que par une chose : la prostituée et son corps. Il existe un marché pour les substituts de corps de femmes, pour les « poupées gonflables », mais, contrairement aux machines qui replacent les travailleurs, on vante dans ces poupées le fait qu’elles sont « plus vraies que natures ». Ces poupées sont un substitut littéral pour les femmes, et non un substitut fonctionnel comme la machine qui remplit le rôle du travailleur à sa place. Même un substitut de femme en plastique peut donner à un homme le sentiment d’être un maître patriarcal. Dans la prostitution, c’est le corps d’une femme, et l’accès sexuel à ce corps, qui fait l’objet du contrat. Que des corps soient vendus sur le marché en tant que corps évoque très fortement l’esclavage. Il n’est donc pas entièrement inapproprié de symboliser l’esclavage salarial par la figure de la prostituée plutôt que par celle du travailleur masculin. Mais la prostitution diffère de l’esclavage salarié. Aucune forme de force de travail ne peut être séparé du corps, mais ce n’est qu’avec le contrat de prostitution que l’acheteur obtient un droit unilatéral d’usage sexuel direct du corps d’une femme.»

Carole Pateman, Le Contrat Sexuel, 1988

Le contrat sexuel

Le contrat sexuel

La constitution de deux sphères : publique et privée

«L’histoire politique la plus célèbre des temps modernes, et celle qui a eu le plus d’influence, est développée dans les écrits des théoriciens du contrat social. Ce récit – ou histoire conjecturale – raconte comment une nouvelle société civile et une nouvelle forme de droit politique sont crées à travers un contrat originel. […] Si l’on en croit les représentations classiques, la théorie du contrat social est une histoire de liberté. On interprète parfois le contrat originel comme l’acte par lequel ceux qui vivent dans l’état de nature échangent les insécurités de la liberté naturelle contre une liberté civile égale, cette fois protégée par l’Etat. […] D’un certain point de vue, la société civile est l’ordre contractuel qui succède à l’ordre prémoderne traditionnel du statut, de sorte que l’ordre civil d’un gouvernement constitutionnel limité remplace l’absolutisme politique. D’un autre point de vue, la société civile remplace l’état de nature – et une nouvelle fois, le terme de « civil » désigne aussi l’une des sphères de la « société civile », à savoir la sphère publique.

[…]

La « société civile » se distingue des autres formes d’ordre social par la séparation de la sphère publique d’avec la sphère privée ; la société civile est séparée en deux royaux opposés, chacun ayant un mode d’association  distinct et différent. Pourtant l’attention se porte  sur l’une des deux sphères seulement, qui est traitée comme le seul domaine intéressant en politique. Il est rare que l’on s’interroge sur la signification politique de l’existence de deux sphères, ou sur la façon dont ces deux sphères sont crées. […] Les femmes ne prennent pas part au contrat originel, mais elles ne restent pas pour autant dans l’état de nature […]. Les femmes sont intégrées à une sphère qui, à la fois, est et n’est pas dans la société civile. La sphère privée fait partie de la société civile, mais est séparée de la sphère « civile ». L’antinomie privé/public est une autre façon d’exprimer l’antinomie naturel/civil  et femmes/hommes. La sphère privée, féminine (et naturelle) et la sphère publique, masculine (et civile) sont opposées, mais elles tirent leur signification l’une de l’autre ; de même que la signification de la liberté civile de la vie publique apparaît dans toute sa lumière lorsqu’on l’oppose à l’assujettissement naturel, qui caractérise le domaine privé.

[…]

Les « institutions libres » supposent des individus qu’ils soient égaux les uns par rapport aux autres. Les relations domestiques entre maître et esclave et entre maître et serviteur – qui sont des relations entre individus inégaux – ont laissé place à la relation entre capitaliste ou employeur et salarié ou travailleur. […] Le salarié est désormais dans un rapport d’égalité civile avec son employeur dans le domaine public du marché capitaliste. La ménagère reste, quant à elle, confinée dans la sphère domestique et privée, mais les relations inégales de la vie domestique le sont « naturellement », et n’enlèvent donc rien à l’égalité universelle du monde public.

[…]

Famille (privée) et société civile/Etats (publics) sont séparés et inséparables ; la société civile est un ordre patriarcal. […] Les hommes cessent d’être maîtres et esclaves, mais l’ordre social de Hegel exige une conscience différenciée sexuellement. […] La reconnaissance que le mari obtient de sa femme est précisément celle qui est requise dans le patriarcat moderne : il est reconnu comme un maître patriarcal, ce que seule une femme peut lui garantir.»

Carole Pateman, Le Contrat Sexuel, 1988

Pourquoi je pense que c’est important ?

Les idées des théoriciens du contrat social (Hobbes, Rousseau, Locke…) sont celles qui ont permis d’aboutir à la Révolution Française et à la fin de la monarchie absolue. Ils ont critiqué l’ordre ancien où un maître (un noble) disposait d’autres hommes : ses serviteurs ou ses esclaves. Ils ont affirmé que tous les hommes sont libres et égaux, et peuvent librement contracter les uns avec les autres, pouvant par exemple choisir de vendre leur force de travail à un autre. L’ordre patriarcal classique (la monarchie) où le père régnait et dominait ses fils et ses serviteurs, a été donc renversé par la fraternité où chaque « individu » (= homme blanc) possède les mêmes droits civils.

Les socialistes ont traditionnellement critiqué les théoriciens du contrat social sur une chose : les hommes ne naissent pas véritablement libres et égaux, puisque les riches continuent à donner naissance à des riches. Carole Pateman ne se contente pas de cela : elle fait remarquer que les « individus » impliqués dans le contrat social sont des hommes (blancs). Selon les théoriciens du contrat, à l’exception de Hobbes, les femmes ne peuvent pas prendre part au contrat social à cause de leurs capacités intellectuelles limitées (Non, la misogynie de Rousseau n’est pas une légende). Elles ont donc été confinées dans une sphère privée (la famille), qui est une sorte de « bulle » où l’ordre ancien du statut, de l’état de nature (la loi du plus fort, en somme) peut continuer à régner : les femmes et les enfants doivent être assujettis aux hommes selon ces théoriciens. Le mariage est une institution qui permet à chaque homme d’avoir accès de manière égalitaire à une femme et de pouvoir régner en maître sur une bulle privée (la famille) : l’ordre fraternel, où tous les hommes sont des égaux, est ainsi assuré par un accès égalitaire au corps des femmes.

Je pense que ce texte est important car, encore aujourd’hui, les relations entre hommes (par exemple entre un travailleur et un capitaliste), relevant de la « sphère publique », sont considérées comme politiques et importantes. Les relations dans la sphère privée, entre hommes et femmes sont considérées comme apolitiques et relevant de la Nature :

  • le viol est dû à la Nature : les hommes ont plus de besoin et sont biologiquement poussés à mettre leurs gamètes partout
  • les violences conjugales sont dues à la nature : les hommes sont plus forts que les femmes, et c’est normal qu’il y ait des disputes dans un couple
  • le travail domestique et gratuit des femmes (qui sera d’ailleurs comparé à de l’esclavage par Carole Pateman, car il s’agit d’un travail gratuit contre de la protection (toit, nourriture…), qui est la définition classique de l’esclavage : le travailleur libre reçoit un salaire et non pas une protection… même si Pateman nuance fortement la distinction travailleur/esclave) est dû aux cerveaux différents des hommes et des femmes.
  • etc.

Le succès populaire de pseudo-sciences, vulgarisé dans des livres comme Les hommes viennent de Mars, les femmes de Vénus, ou encore ceux du couple Pease, nous montre comment ces idées sont encore à l’œuvre.

Par ailleurs, beaucoup de personnes refusent de commenter ce qui se passe dans la « sphère privée », notamment en ce qui concerne la sexualité. Souvenez-vous des défenseurs de DSK qui s’offensaient qu’on le condamne pour ses relations avec les femmes, relations qui faisaient partie de sa fameuse « bulle privée », une zone apparemment de non droits. Ou pensez aux personnes qui refusent d’analyser politiquement les pratiques sexuelles, ou la division sexuée des tâches domestiques, qui « ne regarde personne ». Ou encore à celles qui considèrent que le viol ou les violences conjugales ne sont pas des sujets aussi importants que le chômage ou la crise économique. Le mot d’ordre féministe « le privé est politique » n’a donc jamais été aussi important !

Notons que si les « individus », les êtres capables de prendre part au contrat social, sont des hommes, ce sont aussi des hommes blancs. Les relations entre noir-e-s et blanc-he-s relèvent également de la nature, les noir-e-s étant biologiquement inférieurs aux blanc-he-s, selon les théories en vogue à l’époque des théories classiques du contrat. Il existe un livre analysant ceci, intitulé le Contrat Racial, .

Propos élémentaires sur la prostitution

Propos élémentaires sur la prostitution

Quelques extraits

Douceur de vivre

«Qui n’a pas connu la France avant 1789 ne sait pas ce qu’est la douceur de vivre, disait, je crois, Talleyrand. Qui n’a pas vécu dans les plantations du Sud avant la guerre de Sécession, n’a pas connu la douceur de vivre, disait une publicité. Qui n’a pas connu les bordels avant Marthe Richard, ignore une certaine douceur de vivre, soupirent beaucoup d’hommes. Serviteurs, esclaves, filles de joie, ou femmes des souvenirs d’enfance, à chaque fois, la douceur de vivre dans une société repose sur la soumission apparemment complaisante d’une population procurant agréments et voluptés à tous les sens du corps, sur une présence humaine se donnant de bon gré. Présence féminine la plupart du temps, et j’imagine que l’opinion générale tient confusément ce harem collectif de femmes pour un élément de douceur de vivre de son époque.  Douceur de vivre à sens unique, augmentant l’espace social d’un sexe, et contraignant celui de l’autre. J’imagine que savoir confusément, pour un homme, qu’on peut aller dans la ville, tâter ses billets dans sa poche, et dire : combien ? pour voir accomplir ses volontés secrètes, doit accroitre la capacité thoracique et donner un goût particulier à la vie quand on marche dans la rue. Et savoir confusément, pour une femme, que ses semblables, comme elle, ne peuvent être qu’objets dans ces tractations si banales, rétrécit le filet d’air qui lui entre dans les bronches, limite son territoire social imaginaire. »

Je suis mon corps

«Refuser la propriété des autres sur son corps, c’est aussi refuser sa propre propriété sur son corps. Le mot d’ordre féministe : «Mon corps est à moi», me semble aberrant, puisqu’on le comprend toujours littéralement. Qu’est ce que parler veut dire ? On n’a pas son corps, on est son corps. «Mon corps est moi.» Non un objet, un instrument, séparé de l’être, qu’on peut vendre, louer, abandonner, ou garder pour soi, mais l’être même. On ne s’appartient pas, on est. […]

Viol, avortement, prostitution, je ne comprends pas que les réactions divergent à leurs propos, alors qu’il s’agit de la même chose. Autant il est merveilleux d’être enceinte quand on le désire, autant avoir dans son ventre un corps étranger qu’on refuse, et qui croît, est un scandale affolant, invivable, comme un cancer, une question de légitime défense, de vie ou mort : c’est ça ou c’est moi. Et l’avortement est une  réaction élémentaire d’intégrité  corporelle, d’intégrité de soi.

Autant il est merveilleux de faire l’amour avec qui on désire, autant la pénétration par une chair étrangère imposée de force est un scandale affolant, invivable, l’irruption de la mort en soi. […]

Le corps réagit-il différemment lorsqu’il y a de l’argent et lorsqu’il n’y en a pas ? En est-on moins malade pour autant? Moins coupée ? Moins expulsée de soi-même? Où peut-on aller se réfugier quand le lieu de son corps est occupé par autrui ? Quand on n’a même plus son espace du dedans ? »

Propos élémentaires sur la prostitution par Annie Mignard, dans Les Temps Modernes n°356, mars 1976.

Photographie provenant du site de l’autrice.

Liberalism and the Death of Feminism

Liberalism and the Death of Feminism

«Il exista une fois un mouvement féministe. [ … ]

Lorsque ce mouvement critiquait le viol, il critiquait les violeurs et le point de vue  selon lequel le viol est du sexe. Quand il critiquait la prostitution, il critiquait les proxénètes, les clients et le point de vue selon lequel les femmes sont nées pour vendre du sexe. Quand il critiquait l’inceste, il critiquait ceux qui avaient fait ça à nous, et le point de vue qui érotisait notre vulnérabilité et notre silence imposé. Quand il critiquait les violences conjugales, il critiquait  les agresseurs, et le point de vue selon lequel la violence  exprime l’intensité de l’amour. Personne ne pensait qu’en critiquant ces pratiques, le mouvement critiquait leurs victimes.

Il a également critiqué des concepts sacrés, du point de vue matériel de l’existence des femmes, de notre réalité, des concepts comme le choix. C’était un mouvement qui savait que quand les conditions matérielles excluent 99% vos options, ça n’a pas de sens d’appeler le 1% restant -ce que vous faites – votre choix. Ce mouvement n’était pas dupe de concepts comme le consentement. Il savait que quand la force est une partie normalisée du sexe, que quand un « non » est pris pour un « oui », que quand la peur et le désespoir engendrent un acquiescement, et que cet acquiescement est considéré comme un consentement, alors le consentement n’est pas un concept significatif.»

« Once there was a women’s movement. […]

When this movement criticized rape, it meant rapists and the point of view that saw rape as sex. When it criticized prostitution, it meant pimps and johns and the point of view that women are bom to sell sex. When it criticized incest, it meant those who did it to us, and the  point of view that made our vulnerability and enforced silence sexy.  When it criticized battery, it meant batterers, and the point of view that violence expressed the intensity of love. Nobody thought that in criti­cizing these practices, the movement was criticizing their victims.

It also criticized sacred concepts from the standpoint of women’s material existence, our reality, concepts like choice. It was a  movement that knew when material conditions preclude 99 percent of your op­tions, it is not meaningful to call the remaining 1 percent— what you are doing— your choice. This movement was not taken in by concepts like consent. It knew that when force is a normalized part of sex, when no is taken to mean yes, when fear and despair produce acquiescence and acquiescence is taken to mean consent, consent is not a meaning­ful concept. »

Liberalism and the Death of Feminism, par Catharine MacKinnon, 1990

Lire le texte en entier (anglais)

Not About Condemnation

Not About Condemnation

«Je ne conteste à personne le droit de vivre. Je dis que nous devons observer les conséquences de nos vies. Si ce dont nous parlons est le féminisme, le personnel est politique, et chaque élément de nos vies peut être examiné. Nous avons grandi dans une société anormale, malade, et nous devrions être en train de nous prendre en main, et de redéfinir les conditions de cette société. Cela est complexe. Je ne parle pas de condamnation, mais du fait de reconnaitre ce qui se passe et de se demander ce que cela signifie. Je ne suis pas prête à régenter la vie de quiconque, mais si nous devons examiner nos relations humaines, nous devons être prêtes à examiner tous les aspects de ces relations. Le sujet de la révolution, c’est nous, c’est notre vie.»

« I’m not questioning anyone’s right to live. I’m saying we must observe the implications of our lives. If what we are talking about is feminism, then the personal is political and we can subject everything in our lives to scrutiny. We have been nurtured in a sick, abnormal society, and we should be about the process of reclaiming ourselves as well as the terms of that society. This is complex.  I speak not about condemnation but about recognizing what is happening and questioning what it means. I’m not willing to regiment anyone’s life, but if we are to scrutinize our human relationships, we must be willing to scrutinize all aspects of those relationships. The subject of revolution is ourselves, is our lives. »

Sadomasochism: Not About Condemnation. An Interview with Audre Lorde, by Susan Leigh Star. Published in A Burst of Light: Essays by Audre Lorde, 1988, Firebrand Books

Lire le texte en entier (anglais)

Pourquoi je pense que ceci est important ?

Je constate sur les réseaux sociaux que beaucoup de femmes se revendiquant féministes refusent d’analyser les structures patriarcales de notre société : le mariage, la prostitution, la pornographie et de manière plus générale, les comportements genrés. Ici, Audre Lorde parle du sado-masochisme, mais je pense que ses propos  peuvent s’appliquer à n’importe quel élément de notre vie, comme elle le dit si bien.

Les féministes n’ont pas pour vocation d’empêcher des femmes  d’être femme au foyer, de se marier, de se prostituer, de s’épiler, de jouir en étant dominée, etc. Les féministes ne condamnent pas non plus ces femmes. Mieux encore : non seulement nous, les féministes, nous ne condamnons pas ces femmes, mais nous sommes ces femmes. Nous sommes toutes plus ou moins aliénées. Le féminisme ne nous sert pas à nous culpabiliser mais à analyser et critiquer les structures (dixit Diké 😉 ).

Les féministes souhaitent analyser d’un point de vue politique le mariage, la prostitution, les rôles genrés, etc. Or j’ai l’impression que souvent la simple critique est perçu comme une volonté d’interdiction… Au final, au vu des réactions de certaines personnes, j’ai l’impression que ce qui est parfois presque interdit, c’est la critique du quotidien, au prétexte que ce serait méprisant pour certaines femmes…